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L’art a toujours essayé de représenter l’invisible. Telle est sa fonction métaphysique, en dehors de son expression religieuse, de sa finalité esthétique ou de son utilisation sociale. Mais son paradoxe, rendu plus apparent dans la peinture, c’est qu’il tend à montrer l’invisible dans la modalité du visible. Chacun connaît la sentence de Kandinsky : « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible l’invisible ». Car l’invisible est la trame secrète du visible, celle qui donne au regard une percée infinie. Le tableau nous permet de voir ce qui n’est plus de l’ordre de la vue et qui, pourtant, ne s’atteint qu’à partir d’elle. C’est alors que, pour parler avec Baudelaire, l’âme parvient à connaître « les splendeurs situées derrière le tombeau ». Et derrière ce tombeau où le visible se fait linceul, apparaît l’invisible dans l’innocence de son éclat.Cet éclat, ou cet éclatement cosmique, la peinture d’Arlandis le crée à partir de la couleurs. On a dit justement du peintre marseillais qu’il était un peintre du soleil. Il faudrait surtout voir en lui un peintre des forces telluriques et stellaires ou, si l’on préfère, un peintre cosmique. Sa lumière fait lever des mondes inédits dans une violence d’éruption chaotique. Kandinsky avait rappelé le premier, dans sa Conférence de Cologne, que « la genèse d’une œuvre est de nature cosmique ». Arlandis y souscrit, non par le verbe, mais par le geste, le geste natif du créateur qui libère le flux des couleurs pour les voir, à leur rythme, se constituer en mondes. Peinture convulsive, diront certains, au sens où, pour les surréalistes, la beauté devait être convulsive où se résigner au néant. La convulsion est ici moins celle de la forme, qui ne conduit plus le geste, que celle de la couleur qui commande le regard.L’œuvre d’Arlandis souscrit à une double exigence esthétique. L’obscurité de la création impose ce déferlement de lumière qui prend forme sur la blancheur d’une toile qui appelle les couleurs contenues en elle. Tout se joue alors dans ces tonalités éclatantes qui roulent sur leur support comme des vagues jetées par le pinceau ou la brosse. Kandinsky avait reconnu dans le noir, couleur d’abîme et de nuit, « mort après la mort du soleil », la couleur précosmique, celle du chaos initial ou de l’inspiration première à partir de quoi l’être pictural peut apparaître. On devine ces ombres noires, striées de néant, balayer les toiles d’Arlandis où le rouge domine. Le même Kandinsky, en inventant la peinture abstraite, disait du rouge qu’il est « couleur sans limite, éternellement agissante, débordante d’une vie intense et agitée ». Nous voyons ce rouge éclater d’une joie intense sur les toiles du maître marseillais. Peu de couleurs calmes, comme le vert, et moins encore le bleu du ciel apaisé ou de la dévotion à la Vierge. Mais le choc incessant des rouges traversés parfois par l’acidité du jaune. Il faudrait dire ici les tourments du jaune, d’une intensité presque insoutenable dans certaines œuvres, comme un éclair aveuglant de soleil ou un éclat strident de trompettes.Ces deux couleurs magistrales, mordorées parfois par un remords de nuit, consonnent pour révéler le grain d’une matière travaillée par les granulations et les glacis. Non seulement les formes colorées se meuvent, se nouent et se dénouent en d’improbables liaisons, mais elles respirent d’un souffle violent qui appelle de nouvelles contorsions. Dans ces compositions secrètes, c’est l’âme du peintre qui s’expose sur la toile. Car la couleur, serait-elle extraite sans mélange du tube en révélant ses pigments naturels, n’existe jamais en soi. Elle est l’objet d’une sensation qui renvoie à la sensualité de l’homme, et surtout à son intériorité qui est le chiffre de l’invisible. L’action de la couleur traduit alors dans le visible la passion de l’artiste qui, en deçà des émotions de la forme et des fulgurations du geste, laisse libre cours à l’ordre de la création.Peintre dionysiaque, Arlandis offre les riches sonorités de sa palette au contenu abstrait que la vie puise en lui. Comme aux premiers matins, la lumière se fait couleur avant de se mouvoir dans des formes qui donnent naissance à d’incertaines galaxies. Avec Arlandis, la couleur rend le monde visible par la grâce du créateur et impose son action spirituelle au regard venu de l’invisible.